Retour à Toussacq

Retour à Toussacq
Photo Pierre Pernix

À quelques jours de la signature d’un acte de propriété qui va nous permettre, à blondinette et à moi-même, de démarrer notre projet à dominante paysanne, je dois relater l’aventure que j’ai vécu à la ferme de Toussacq ces deux derniers mois. Il s’agit d’une expérience professionnelle fondamentale dans mon parcours, rétrospectivement indispensable par rapport au projet de vie qui est le nôtre, et une expérience humaine profondément émouvante et révélatrice de l’optimisme dont est capable un certain monde agricole que je voudrais rejoindre.

Toussacq en danger

Nous sommes au mois d’avril 2017. Deux ans après mon passage dans cette ferme francilienne, me voilà de retour à Toussacq.
Quelques semaines plus tôt, l’entreprise se retrouve soudain dans une situation dangereuse après le départ du patron pour cause d’arrêt maladie. On cherche donc un salarié, mais pas un simple ouvrier. Quelqu’un capable de gérer le quotidien, et même d’anticiper l’avenir. Comprendre: planifier la saison de maraîchage qui démarre. Puisque je connaissais la ferme et que j’avais quelques disponibilités, il n’y avait pas de raison que je refuse.

Chapeauté par François, un maraîcher voisin fort expérimenté qui connaît bien les lieux, et sur la base d’une méthode de planification à base de documents informatiques qui est la sienne, je débarque. Avec des bottes propres aux pieds et des mains vierges de cals. Mais lesté d’une appréhension compréhensible: car depuis deux ans que j’ai plaqué ma vie d’avant pour devenir ouvrier agricole, je n’ai jamais eu à faire face à de grandes responsabilités, et de ma vie il ne m’est jamais arrivé d’encadrer du personnel.

Heureusement, on m’a bien mâché le travail. S’appuyant au besoin sur le cahier de culture des années précédentes, plusieurs petites mains ont retranscrit le plan d’assolement du patron de manière chronologique dans les feuilles d’un fichier Excel partagé sur une Dropbox. En parallèle, des paysans volontaires ont œuvré à combler le retard pris en matière de travail du sol. Les clients de la structure, regroupés en AMAP et fidèles à la devise de solidarité inscrite dans leur contrat, viennent régulièrement prêter main forte. La femme du patron est souvent là pour les accueillir.

Le frais, c’est chaud

Restent les professionnels sur place: trois salariés, dont votre serviteur, ont fort à faire pour maintenir la structure à flot et mettre en place les cultures de printemps qui constituent le gros morceau d’une saison de maraîchage. Au programme: gestion des stocks, récoltes, travail du sol, semis et plantation, mise en place de l’irrigation. Avec l’avancée du printemps, c’est la reprise des récoltes de frais pour remplacer le contenu des frigos, qui s’épuisent. Il faut soigner les cultures qui arrivent à maturité: choux, oignons, navets et carottes primeur demandent un arrosage régulier et des récoltes maîtrisées. Et programmer d’autres oignons, d’autres choux, d’autres navets. Et des radis, et des salades. Encore des radis. Et encore des salades… Pfou.

Il faut aussi installer les cultures de légumes fruits sous tunnel: courgettes, tomates, aubergines, poivrons, concombres, haricots, etc. À l’extérieur viendront les courges, les pastèques, les melons. Ne pas oublier de prévoir à long terme: choux d’automne et d’hiver, céleris-raves, carottes, betteraves, poireaux. Les semis se succèdent, les plantations aussi. Avec la chaleur qui arrive, l’enherbement guette. Les doryphores font leur apparition dans les pommes de terre. Et les ennuis mécaniques se succèdent.

Vu la consistance de l’agenda, épais comme un catalogue de matériel agricole, la gestion des moyens humains est la clef de la réussite. Tous les jours, coordonner les tâches, sans heurt et sans reproche, en essayant d’optimiser les déplacements et en mobilisant les compétences propres à chacun. Pas une chose aisée quand on est soi-même peu expérimenté. Risqué quand on encadre un groupe de bénévoles, formidablement volontaires mais pas qualifiés. Les séquences de travail qui obéissent à l’improvisation sont rarement couronnées de succès. Il faut s’employer à anticiper, et le programme de l’équipe doit être écrit à l’avance. Une semaine à l’avance, c’est mieux.

Anges de la solidarité

Bien sûr, rien de tout cela ne serait possible sans nos anges gardiens: François veille au grain. Il supervise le travail à Toussacq et son tour de plaine du lundi fait office de filet de sécurité pour quelques unes de mes initiatives hasardeuses. Il corrige les oublis. Et prend le temps de me former à diverses techniques et outils, quitte à se mettre en retard dans le planning de sa propre saison. Les autres paysans et les amapiens, venus parfois de bien loin, libèrent notre agenda de nombreux travaux chronophages: désherbage, préparation du sol, vrais et faux-semis. Anne, du réseau des AMAP, coordonne les échanges entre tout ce beau monde. Des appels à l’aide sont relayés sur les blogs. Les autres résidents de Toussacq, ceux qui partagent la ferme avec nous, rendent régulièrement service à l’atelier mécanique et ailleurs.

On peut dire qu’en l’absence du patron, la relève est plusieurs fois assurée. Cette entreprise, c’est une hydre (ou un chardon): même décapitée, elle a plusieurs têtes qui repoussent. En tous cas, elle ne manque pas de mains. Toussacq, c’est un exemple de mobilisation humaine. Un manifeste, même. Qui ringardise davantage la vision de l’agriculteur productiviste, délocalisé, coupé des consommateurs. Car en réalité, il existe un autre monde paysan, où la vie n’est pas non plus facile tous les jours, mais où on sait s’organiser hors de systèmes pyramidaux, avec et pour ceux à qui on destine le produit de nos fermes, et où la solidarité en cas de coup dur n’est pas un vain mot.

Merci!

Je souhaite bon rétablissement à celui dont l’absence, ironie du sort, m’a donné l’occasion de fourbir mes armes. Ça m’aidera à mieux aborder une activité indéniablement usante dont il faut s’employer à maîtriser le pouvoir d’étouffement jusqu’à la noyade, et essayer d’en faire l’élément central d’un mode de vie supérieur. Bon courage à lui dans la reconquête de cette vie-là. Et merci de m’avoir montré la voie.

Merci à tous les autres, pour leur soutien, leur aide, leurs conseils de pros: Stella, Pascale, Anne (au pluriel), Marie, Noémie, Émilie, Élodie, Sylvie, Alice, Maëla, Aurélia, Lorène, François, Pierre, Denis, Michel, Florian, Laurent, Bernard, Geoffroy, Jean-Louis, Jean-Pierre, Mathieu, Boris, Marc, Damien, Benoît, Adrien… J’en oublie. Merci à tous les amapiens qui font toujours le déplacement avec bonne humeur malgré la perspective, souvent, d’un travail de forçat.

Pour eux, l’expérience de Toussacq continue. Pour moi, le retour à la campagne touche au but, plus au Sud. Lisez le récit de notre installation dans la rubrique Le projet.

Projet agrotourisme : notre ferme idéale

En attendant de dénicher la propriété qui satisfera nos critères et notre maigre budget, blondinette et moi-même mûrissons dans nos têtes la ferme écologique idéale pour un projet agrotourisme. Dont voici un premier rendu exhaustif, histoire de transformer le rêve en réalité d’un simple claquement de doigts.

Dessin d'un projet agrotourisme par Pierre Pernix
Dessin de Pierre Pernix

Ressemer du piment, pas si chaud que ça

Semences de piments habanero - L'âge de Pierre

Il y a deux ans on m’a donné des semences de piment habanero «Scotch Bonnet» ramenées par un ami de l’île de la Réunion. Il s’agit d’un piment très fort et à la saveur caractéristique, traditionnellement cultivé dans les Caraïbes.
Les semis de l’an dernier, en 2015, on été peu fructueux. Trois plants seulement, sur une quinzaine attendus, sont sortis de terre et ont donné des fruits, dont j’ai conservé quelques graines. Mais de cette façon, j’ai pu faire cette année l’expérience de la conservation de semences… avec succès!

Cette question de la réappropriation des semences par nous-mêmes est largement débattue ici où là. La main-mise sur cette extraordinaire matière première, sa production et sa distribution, par des entreprises spécialisées (on pense à Monsanto) au détriment des paysans est évidemment très décriée. L’association Semences Paysannes, entre autres, dénonce le danger que cette situation fait peser sur la biodiversité.

Que la production de semences vous revienne et les avantages sont nombreux. Par exemple, les semences auto-produites donneront des plantes avec davantage de «variabilité», donc adaptées aux conditions naturelles d’un terroir précis (précipitations, ensoleillement, nature du sol, voisinage et interaction avec d’autres espèces). Dans le cas de plants issus de semences hybrides, certes plus stables et homogènes, conçus pour être cultivés en toute circonstance, ce sont au contraire les pratiques culturales (irrigation, engrais, traitements…) qui devront être adaptées.

J’ai pris conscience, en réutilisant ces semences de piment habanero, de participer moi aussi à ce geste de réappropriation du vivant. J’ai eu le sentiment d’ajouter ma pierre à l’édifice. De joindre ma voix à la grande rumeur post-industrielle du monde agricole!
Toutes proportions gardées, hein. Juste une petite graine par-ci, une petite graine par-là. Onze graines en tout, pour être exact.

Les semences 2015, récupérées et conservées dans des conditions que j’ignore, n’avaient pas réussi au climat métropolitain de France et péniblement germé à une température moyenne de 20°C. Le résultat était accablant, et c’est sur le plus beau des trois seuls spécimens survivants que je prélevais les plus beaux fruits pour en retirer les semences dans lesquelles je mettais peu d’espoir. Pourtant, ce travail de sélection allait être payant: cette année, au mois d’avril, onze plantules s’élevèrent du terreau nourricier, soit un taux de germination de 100%!

Cette expérience ne fût pas réalisée selon une rigueur toute scientifique, mais il est indéniable que la conservation de mes semences de piment habanero d’une année sur l’autre a pu servir l’acclimatation de l’espèce. Si ce n’est pas une preuve de variabilité, ça, je veux bien brûler vif dans les flammes l’enfer d’une habanero hot sauce!

Une jardinière DIY en bois de récup

La jardinière DIY en bois de récupération à faire soi-même, c’est un projet pour vous si vous rêvez d’un jardin mais que vous devez vous contenter d’une terrasse.

Avec une vingtaine de planches (dans mon cas, je les ai extraites de vieilles palettes), vous allez construire un bac de culture qui sera suffisamment profond pour accueillir toutes sortes de plantes. Cet équivalent auto-construit d’une jardinière du commerce (en plastique, argh) a l’avantage d’être réalisable à peu de frais et avec un équipement réduit. Et grâce à l’assemblage avec encoches à mi-bois, pas besoin de visser ni de clouer!

Voici l’équipement nécessaire:

  • Une vingtaine de planches de même épaisseur et de même longueur (pour réaliser une jardinière DIY carrée)
  • Un grand morceau de bâche plastique
  • Agrafeuse manuelle
  • Scie-sauteuse (ou, à défaut, une scie à bois)
  • Quelques vis et une visseuse électrique (pour le fond de la caisse, facultatif)

Assemblage de la jardinière DIY

La caisse en bois de la jardinière

Assemblage caisse jardinière DIY - L'âge de PierreLa caisse de la jardinière se compose de planches de bois dans lesquelles on aura découpé des encoches. La profondeur des encoches doit être égale au quart de la hauteur de la planche. On commence par le premier étage en posant au sol deux planches parallèles, sur la tranche. Deuxième étage, on pose encore deux autres planches, perpendiculaires aux deux premières. Les unes devront s’emboîter avec les autres. On recommence, et ainsi de suite.

Les encoches seront creusées suffisamment larges (mais pas trop larges) pour que l’ensemble s’emboîte tout juste (largeur de l’encoche = épaisseur de la planche). Pour ma jardinière, j’ai empilé 8 étages de planches de 10cm de hauteur, soit 16 planches en tout.

Le fond de la caisse

Assemblage fond jardinière DIY - L'âge de Pierre

Si vous ne voulez pas que la terre de votre jardinière soit en contact direct avec le sol (ou que vous prévoyez une retenue d’eau, voir plus bas), il faut ajouter un fond à la caisse. Celui-ci ne doit pas être fermé pour laisser s’écouler l’eau d’arrosage, mais doit pouvoir retenir la terre.

On retourne la caisse terminée et on visse plusieurs planches transversales dans la tranche des deux planches du premier étage. C’est sur ces planches transversales que viendra reposer le plastique étanche et la terre contenue dans la jardinière DIY. À défaut de vis, on se contentera de clous, mais attention à ce que le poids la terre ne soit pas trop important, car les planches du fond risqueraient de se détacher au cours d’un déplacement de la jardinière pleine.

Le plastique étanche dans la caisse

Ajout plastique jardinière DIY - L'âge de PierrePour éviter que les planches qui composent la jardinière DIY moisissent ou se déforment au contact de la terre humide, on ajoute un grand morceau de bâche plastique étanche de récupération à l’intérieur de la caisse. Une bonne agrafeuse fera l’affaire. On fixe le plastique directement contre le bois du pourtour de la caisse et des planches transversales qui font éventuellement office de fond. N’oubliez pas de percer quelques trous dans le fond de la bâche plastique, ou l’eau ne s’écoulera pas…

Une retenue d’eau sous la jardinière

Assemblage caisse jardinière DIY - L'âge de PierreSi on souhaite conserver l’eau d’arrosage qui a traversé la terre pour éviter qu’elle se répande sur le sol de votre terrasse, pourquoi ne pas ajouter une retenue d’eau? Il s’agit du simple assemblage de quatre planches en rectangle. Cette fois-ci, la profondeur des encoches est égale à la moitié de la hauteur de la planche.

Ajout plastique jardinière DIY - L'âge de PierreLà encore, on prévoira un morceau de bâche plastique étanche pour que l’eau qui s’écoule de la caisse principale de la jardinière reste prisonnière de ce simple étage de quatre planches. Cette fois, inutile de percer des trous.

 

Et la terre, dans tout ça?

Il est temps de remplir la jardinière DIY. Assurez-vous que votre construction en bois est à son emplacement définitif, car une fois plein de terre et copieusement arrosé, ce bac va être difficile à déplacer. Vous prenez le risque de déchausser votre assemblage, et de vous tordre le dos.

Je recommande l’emploi de cailloux, de billes d’argiles ou de pouzzolane dans le fond de votre jardinière, sur une bonne épaisseur. Cela facilitera le drainage de votre terre. Pour le reste, tachez de ne pas utiliser que du terreau mais un mélange de sable, ou de perlite, de pouzzolane, de terre de jardin, etc. Tout dépend des plantes que vous avez décidé d’installer, mais la plupart d’entre elles apprécieront sûrement un sol bien meuble et correctement drainé.

Au boulot!

Autre printemps, autres mœurs

Saison de maraîchage bio à Gignac
Photo de Pierre Pernix

Ça y est, c’est fait. Blondinette et moi-même avons épaulé nos baluchons et tracé la route vers le soleil du midi. Voilà plus d’un mois que nous avons emménagé à Gignac, dans l’Hérault, à environ 30km au nord-ouest de Montpellier.

Il y a fort à faire dans l’appartement: faute de terrain avec arbres, il faut échafauder une pergola sur la terrasse en prévision du cagnard, construire des jardinières de récup’ en bois de palette pour y planter piments, houblon, fleurs et aromatiques, et accomplir d’autres bricolages en tout genre…

Et puis le travail agricole a repris. J’ai été embauché mi-mars pour une nouvelle saison de maraîchage bio à Aniane, le village d’à côté. Le chef s’appelle Florent Guret et produit une assez grande diversité de légumes sur environ deux hectares, qu’il vend au marché de Saint-Martin de Londres, mais aussi dans des paniers hebdomadaires aux habitants du coin, et parfois à des grossistes.

Saison de maraîchage bio à Aniane
Photo de Pierre Pernix

En Seine et Marne, mes premiers mois de travail furent rythmés par le semis des légumes d’été. Ici, dans l’Hérault, ces mêmes espèces sont déjà en terre depuis un bail: jeunes plants de courgettes, de tomates, d’aubergines et de poivrons croissent allègrement sous serre, pois et fèves sont à l’extérieur. À moins de 700km plus au sud, le décalage horaire est notable. Il fait évidemment plus chaud, pour un mois de mars: on mange souvent dehors le midi, et c’est déjà comme dans un four qu’il faut passer la houe sous la serre.

Bref, c’est reparti. On sème une deuxième fournée de tomates pour le plein champ, des céleris et des pastèques, on repique d’autres poivrons et des piments. On récolte l’aillet, les cébettes, les salades et les blettes, et aussi beaucoup d’épinards… avant qu’ils montent à graine. On plante des haricots, des betteraves et, nouveauté, des artichauts!

Un autre climat, un autre décor, un autre patron casse-couilles pointilleux. D’autres méthodes et d’autres découvertes. Ce n’est certes pas un retour à la case départ, car je peux arguer d’un peu d’expérience, mais comme une nouvelle année scolaire. Une nouvelle aventure, quoi. Un autre printemps!

Hybrides F1, lois de Mendel et portrait d’un botaniste

Le fascinant visage du père des lois de Mendel m’est apparu avec force à l’occasion d’un séminaire du Mouvement de l’Agriculture Biodynamique (MABD), au beau milieu de la projection d’un représentant de la firme semencière suisse Sativa, lequel abordait le sujet sensible des variétés hybrides F1 dans le maraîchage biologique.

Portrait de Gregor Mendel par PIerre Pernix - L'âge de Pierre
Dessin de Pierre Pernix

Les plantes hybrides, comment ça marche? Commençons par croiser deux variétés aux caractères distincts et à la lignée pure (par exemple, deux variétés de tomate très différentes). On obtiendra une descendance dont les individus de première génération (F1) sont tous homogènes, bénéficient d’un potentiel génétique plus grand (et donc une résistance accrue aux maladies, par exemple) et de l’effet d’hétérosis, soit une vigueur plus importante.

Hélas, l’hybridation présente des inconvénients: d’abord, les variétés hybrides ne peuvent être reproduites facilement. Contrairement au caractère homogène des individus de première génération, celui des individus de deuxième génération (F2) est variable, la résistance aux maladies et la vigueur sont perdus. Ensuite, et pour les raisons précédentes, les agriculteurs doivent chaque année racheter leurs semences.

Deux fois hélas, l’emploi de ce type de semence s’est généralisé depuis les années 50, à tel point qu’il n’existe aujourd’hui plus d’alternative acceptable aux hybrides F1 pour certains légumes. De nombreux acteurs de l’agriculture biologique appellent de leurs vœux une approche différente, et se tournent vers la culture de variétés « population » obtenues par l’antédiluvienne méthode de la sélection. Des semences qui présentent une qualité équivalente, voire supérieure, aux variétés F1.

Le portrait, enfin: à l’origine de la compréhension des mécanismes génétiques fondamentaux à l’œuvre dans l’hybridation, il y a Gregor Mendel, un moine et botaniste tchèque du XIXème siècle. Ses observations sur l’hérédité des petits pois comestibles donneront les lois du même nom… et son physique impressionnera fortement la plaque sensible de l’appareil photographique: une grosse tête compacte, une bouche fine mais volontaire au dessus d’un menton puissant, et des petits yeux étrangement doux et déterminés à la fois. Je ne pouvais m’empêcher de reproduire au crayon un tel visage, celui d’un homme utile.

La cabane à courges de Michel

Michel le maraîcher a construit une bien étrange cabane. Une nouveauté dans le paysage Seine-et-Marnais. Une nouveauté éphémère, cependant, qui se moque des permis de construire, et pour cause: à partir d’un unique conteneur maritime, une grande boîte en ferraille de 20 pieds dénichée sur Le Bon coin et posée dans un recoin de la ferme, le bonhomme a réalisé une chambre de stockage pour légumes. En l’occurrence, des courges.

Stockage conservation légumes conteneur isolation paille - L'Age de Pierre

La récolte annuelle de ces cucurbitacées est conséquente et se vend au compte-goutte: courge spaghetti, musquée de Provence, sucrine du Berry, butternut, pleine de Naples, longue de Nice, patidou, potimarron… doivent pouvoir se conserver jusqu’au printemps.

Première difficulté: les courges, légumes joufflus, sont aussi de délicats petits êtres qui craignent les chocs. Pas question, donc, de les empiler façon patates dans un palox de 600kg. Chez Michel, le stockage des courges se fait sur des étagères, en rang d’oignons, pour réduire au minimum la pression sur leur enveloppe. On essaie de les espacer: si l’une d’elle venait à pourrir, la transmission de ses miasmes en serait limitée.

Surtout, en plus de réclamer de la place, les courges ont besoin de chaleur et d’une bonne aération. Quand la conservation des légumes se fait souvent dans un froid relativement humide, on préférera ici un climat chaud et sec.

L’idée de Michel est diablement simple, et je ne pouvais pas manquer d’en réaliser un écorché. L’isolation du conteneur est assurée par une paroi de ballots de paille, à son tour recouverte d’une bâche plastique pour l’étanchéité.
L’air est renouvelé depuis le sas d’entrée par un extracteur d’air (VMC, pour Ventilation Électrique Contrôlée) et la pièce de stockage, avec ses rayonnages pour recevoir la récolte, est chauffée par convecteur électrique.

Je l’ai dit plus haut: une telle installation ne nécessite aucun permis de construire, puisque l’ensemble peut être démonté en un tour de main (ou presque). Mais qui s’en soucie? La cabane de Michel a encore de beaux courants d’air devant elle.

Houblon cascade, une espèce de cône

Houblon Cascade biologique - L'Age de Pierre
Photo de Pierre Pernix

Ce pied de houblon cascade est issu d’une bouture plantée l’an dernier dans un jardin de Montreuil (Seine Saint Denis). Je l’ai déraciné en mars dernier et transporté ici, en Seine et Marne, en me frottant d’avance les mains à l’idée de faire entrer sa récolte dans la composition de la bière que je brasse à l’occasion.

À propos du houblon: cette plante est principalement utilisée dans la fabrication de la bière. Les «cônes» du houblon, qu’on appelle volontiers mais improprement fleurs, donnent l’amertume à la bière au cours de la phase d’ébullition. On achète généralement le houblon sous forme de cônes séchés ou de pellets (une version hachée et compressée des cônes séchés, plus concentrée). Il est impossible, à ma connaissance, de se procurer des cônes frais, juste récoltés, pour d’évidentes raisons de conservation.

Or, le houblon présente un autre intérêt: à condition de lui éviter une ébullition prolongée qui détruirait ses essences aromatiques, on peut exploiter la plante pour enrichir la bière en notes florales, fruitées, épicées ou parfois terreuses. La méthode dite de houblonnage à cru consistant même à faire macérer les cônes dans le breuvage déjà fermenté et parfaitement refroidi.

Sophistication supplémentaire, donc, et re-frottage de mains: un houblonnage à cru avec des cônes de houblon encore frais serait enfin à portée de chopine, car cette année, à l’issue d’un repiquage propre, d’un travail de la terre honnête, d’un paillage raisonnable et d’un apport de compost bien mûr au milieu de l’été,  voilà que de nombreux cônes font leur apparition et s’épanouissent comme s’ils étaient sur la côte Ouest des États-Unis, d’où la variété cascade est originaire. Profil aromatique (comme on dit): agrumes, résine.

À suivre à l’issue de la récolte.

Avec la crise, le concombre se serre la ceinture

Anomalie sur concombre - L'Age de Pierre
Photo de Pierre Pernix

Gorgés d’eau, les concombres croissent comme de gros bébés joufflus. Mais la photo ci-dessus nous rappelle que sur la scène du maraîchage se jouent souvent de drôles de drames et que les légumes restent des invertébrés, au physique plutôt malléable. En cas de crise, ils peuvent donc se serrer la ceinture, et troquer le physique du sumo contre celui du bodybuilder.

Cette capacité à supporter l’austérité n’a pas manqué de donner des idées à quelques maraîchers entreprenants, tels ceux de la préfecture de Kagawa, au Japon, qui ont mis au point des pastèques cubiques.

Le fonctionnement est simple: les jeunes fruits sont enfermés dans des moules, et grandissent jusqu’aux limites de celui-ci. C’était déjà gonflé, mais voilà qu’ont débarqué les pastèques en forme de cœur, puis les concombres en forme d’étoile. Pour ces derniers on trouve des moules en plastique dans le commerce (à des prix prohibitifs), mais j’en ai quand même dessiné le principe ci-dessous.

Moule à concombre en forme d'étoile - L'Age de Pierre
Moule à concombre en forme d’étoile, dessin de Pierre Pernix

Car ce régime de privation, cette croissance étriquée, offre paradoxalement d’intéressants débouchés. Un juteux marché, même. Le serrage de ceinture des légumes, c’est chic. Les pastèques sculptées japonaises, par exemple, s’arrachent autour de $100 pièce dans les boutiques branchées de Tokyo.

Une idée à dégrossir.