Projet agrotourisme : notre ferme idéale

En attendant de dénicher la propriété qui satisfera nos critères et notre maigre budget, blondinette et moi-même mûrissons dans nos têtes la ferme écologique idéale pour un projet agrotourisme. Dont voici un premier rendu exhaustif, histoire de transformer le rêve en réalité d’un simple claquement de doigts.

Dessin d'un projet agrotourisme par Pierre Pernix
Dessin de Pierre Pernix

Ressemer du piment, pas si chaud que ça

Semences de piments habanero - L'âge de Pierre

Il y a deux ans on m’a donné des semences de piment habanero «Scotch Bonnet» ramenées par un ami de l’île de la Réunion. Il s’agit d’un piment très fort et à la saveur caractéristique, traditionnellement cultivé dans les Caraïbes.
Les semis de l’an dernier, en 2015, on été peu fructueux. Trois plants seulement, sur une quinzaine attendus, sont sortis de terre et ont donné des fruits, dont j’ai conservé quelques graines. Mais de cette façon, j’ai pu faire cette année l’expérience de la conservation de semences… avec succès!

Cette question de la réappropriation des semences par nous-mêmes est largement débattue ici où là. La main-mise sur cette extraordinaire matière première, sa production et sa distribution, par des entreprises spécialisées (on pense à Monsanto) au détriment des paysans est évidemment très décriée. L’association Semences Paysannes, entre autres, dénonce le danger que cette situation fait peser sur la biodiversité.

Que la production de semences vous revienne et les avantages sont nombreux. Par exemple, les semences auto-produites donneront des plantes avec davantage de «variabilité», donc adaptées aux conditions naturelles d’un terroir précis (précipitations, ensoleillement, nature du sol, voisinage et interaction avec d’autres espèces). Dans le cas de plants issus de semences hybrides, certes plus stables et homogènes, conçus pour être cultivés en toute circonstance, ce sont au contraire les pratiques culturales (irrigation, engrais, traitements…) qui devront être adaptées.

J’ai pris conscience, en réutilisant ces semences de piment habanero, de participer moi aussi à ce geste de réappropriation du vivant. J’ai eu le sentiment d’ajouter ma pierre à l’édifice. De joindre ma voix à la grande rumeur post-industrielle du monde agricole!
Toutes proportions gardées, hein. Juste une petite graine par-ci, une petite graine par-là. Onze graines en tout, pour être exact.

Les semences 2015, récupérées et conservées dans des conditions que j’ignore, n’avaient pas réussi au climat métropolitain de France et péniblement germé à une température moyenne de 20°C. Le résultat était accablant, et c’est sur le plus beau des trois seuls spécimens survivants que je prélevais les plus beaux fruits pour en retirer les semences dans lesquelles je mettais peu d’espoir. Pourtant, ce travail de sélection allait être payant: cette année, au mois d’avril, onze plantules s’élevèrent du terreau nourricier, soit un taux de germination de 100%!

Cette expérience ne fût pas réalisée selon une rigueur toute scientifique, mais il est indéniable que la conservation de mes semences de piment habanero d’une année sur l’autre a pu servir l’acclimatation de l’espèce. Si ce n’est pas une preuve de variabilité, ça, je veux bien brûler vif dans les flammes l’enfer d’une habanero hot sauce!

Une jardinière DIY en bois de récup

La jardinière DIY en bois de récupération à faire soi-même, c’est un projet pour vous si vous rêvez d’un jardin mais que vous devez vous contenter d’une terrasse.

Avec une vingtaine de planches (dans mon cas, je les ai extraites de vieilles palettes), vous allez construire un bac de culture qui sera suffisamment profond pour accueillir toutes sortes de plantes. Cet équivalent auto-construit d’une jardinière du commerce (en plastique, argh) a l’avantage d’être réalisable à peu de frais et avec un équipement réduit. Et grâce à l’assemblage avec encoches à mi-bois, pas besoin de visser ni de clouer!

Voici l’équipement nécessaire:

  • Une vingtaine de planches de même épaisseur et de même longueur (pour réaliser une jardinière DIY carrée)
  • Un grand morceau de bâche plastique
  • Agrafeuse manuelle
  • Scie-sauteuse (ou, à défaut, une scie à bois)
  • Quelques vis et une visseuse électrique (pour le fond de la caisse, facultatif)

Assemblage de la jardinière DIY

La caisse en bois de la jardinière

Assemblage caisse jardinière DIY - L'âge de PierreLa caisse de la jardinière se compose de planches de bois dans lesquelles on aura découpé des encoches. La profondeur des encoches doit être égale au quart de la hauteur de la planche. On commence par le premier étage en posant au sol deux planches parallèles, sur la tranche. Deuxième étage, on pose encore deux autres planches, perpendiculaires aux deux premières. Les unes devront s’emboîter avec les autres. On recommence, et ainsi de suite.

Les encoches seront creusées suffisamment larges (mais pas trop larges) pour que l’ensemble s’emboîte tout juste (largeur de l’encoche = épaisseur de la planche). Pour ma jardinière, j’ai empilé 8 étages de planches de 10cm de hauteur, soit 16 planches en tout.

Le fond de la caisse

Assemblage fond jardinière DIY - L'âge de Pierre

Si vous ne voulez pas que la terre de votre jardinière soit en contact direct avec le sol (ou que vous prévoyez une retenue d’eau, voir plus bas), il faut ajouter un fond à la caisse. Celui-ci ne doit pas être fermé pour laisser s’écouler l’eau d’arrosage, mais doit pouvoir retenir la terre.

On retourne la caisse terminée et on visse plusieurs planches transversales dans la tranche des deux planches du premier étage. C’est sur ces planches transversales que viendra reposer le plastique étanche et la terre contenue dans la jardinière DIY. À défaut de vis, on se contentera de clous, mais attention à ce que le poids la terre ne soit pas trop important, car les planches du fond risqueraient de se détacher au cours d’un déplacement de la jardinière pleine.

Le plastique étanche dans la caisse

Ajout plastique jardinière DIY - L'âge de PierrePour éviter que les planches qui composent la jardinière DIY moisissent ou se déforment au contact de la terre humide, on ajoute un grand morceau de bâche plastique étanche de récupération à l’intérieur de la caisse. Une bonne agrafeuse fera l’affaire. On fixe le plastique directement contre le bois du pourtour de la caisse et des planches transversales qui font éventuellement office de fond. N’oubliez pas de percer quelques trous dans le fond de la bâche plastique, ou l’eau ne s’écoulera pas…

Une retenue d’eau sous la jardinière

Assemblage caisse jardinière DIY - L'âge de PierreSi on souhaite conserver l’eau d’arrosage qui a traversé la terre pour éviter qu’elle se répande sur le sol de votre terrasse, pourquoi ne pas ajouter une retenue d’eau? Il s’agit du simple assemblage de quatre planches en rectangle. Cette fois-ci, la profondeur des encoches est égale à la moitié de la hauteur de la planche.

Ajout plastique jardinière DIY - L'âge de PierreLà encore, on prévoira un morceau de bâche plastique étanche pour que l’eau qui s’écoule de la caisse principale de la jardinière reste prisonnière de ce simple étage de quatre planches. Cette fois, inutile de percer des trous.

 

Et la terre, dans tout ça?

Il est temps de remplir la jardinière DIY. Assurez-vous que votre construction en bois est à son emplacement définitif, car une fois plein de terre et copieusement arrosé, ce bac va être difficile à déplacer. Vous prenez le risque de déchausser votre assemblage, et de vous tordre le dos.

Je recommande l’emploi de cailloux, de billes d’argiles ou de pouzzolane dans le fond de votre jardinière, sur une bonne épaisseur. Cela facilitera le drainage de votre terre. Pour le reste, tachez de ne pas utiliser que du terreau mais un mélange de sable, ou de perlite, de pouzzolane, de terre de jardin, etc. Tout dépend des plantes que vous avez décidé d’installer, mais la plupart d’entre elles apprécieront sûrement un sol bien meuble et correctement drainé.

Au boulot!

Autre printemps, autres mœurs

Saison de maraîchage bio à Gignac
Photo de Pierre Pernix

Ça y est, c’est fait. Blondinette et moi-même avons épaulé nos baluchons et tracé la route vers le soleil du midi. Voilà plus d’un mois que nous avons emménagé à Gignac, dans l’Hérault, à environ 30km au nord-ouest de Montpellier.

Il y a fort à faire dans l’appartement: faute de terrain avec arbres, il faut échafauder une pergola sur la terrasse en prévision du cagnard, construire des jardinières de récup’ en bois de palette pour y planter piments, houblon, fleurs et aromatiques, et accomplir d’autres bricolages en tout genre…

Et puis le travail agricole a repris. J’ai été embauché mi-mars pour une nouvelle saison de maraîchage bio à Aniane, le village d’à côté. Le chef s’appelle Florent Guret et produit une assez grande diversité de légumes sur environ deux hectares, qu’il vend au marché de Saint-Martin de Londres, mais aussi dans des paniers hebdomadaires aux habitants du coin, et parfois à des grossistes.

Saison de maraîchage bio à Aniane
Photo de Pierre Pernix

En Seine et Marne, mes premiers mois de travail furent rythmés par le semis des légumes d’été. Ici, dans l’Hérault, ces mêmes espèces sont déjà en terre depuis un bail: jeunes plants de courgettes, de tomates, d’aubergines et de poivrons croissent allègrement sous serre, pois et fèves sont à l’extérieur. À moins de 700km plus au sud, le décalage horaire est notable. Il fait évidemment plus chaud, pour un mois de mars: on mange souvent dehors le midi, et c’est déjà comme dans un four qu’il faut passer la houe sous la serre.

Bref, c’est reparti. On sème une deuxième fournée de tomates pour le plein champ, des céleris et des pastèques, on repique d’autres poivrons et des piments. On récolte l’aillet, les cébettes, les salades et les blettes, et aussi beaucoup d’épinards… avant qu’ils montent à graine. On plante des haricots, des betteraves et, nouveauté, des artichauts!

Un autre climat, un autre décor, un autre patron casse-couilles pointilleux. D’autres méthodes et d’autres découvertes. Ce n’est certes pas un retour à la case départ, car je peux arguer d’un peu d’expérience, mais comme une nouvelle année scolaire. Une nouvelle aventure, quoi. Un autre printemps!

L’arbre mort de rire

L’amie Babette m’a prêté Promenons-nous dans les bois (A Walk in the Woods), de l’américain Bill Bryson. À mi-chemin entre le roman et le gonzo scientifique, ce passionnant récit à la première personne m’a enchanté. Et m’a bien fait marrer.

Homme marié, entre deux âges, l’auteur soumet à son éditeur l’idée de parcourir le célèbre Appalachian Trail (sentier des Appalaches), ancêtre des chemins de grande randonnée dans l’Est des États-Unis. Fortement documenté, notamment au sujet des ours noirs qui pullulent dans la zone et représentent un danger non-négligeable, mais pas physiquement préparé, il s’embarque avec un ami d’enfance dans une randonnée hors-norme: environ 3500km, un dénivelé cumulé délirant et des conditions climatiques dingues. L’isolement et les privations achèveront d’en faire un récit tragi-comique.

Promenons-nous dans les bois - Dessin de Pierre Pernix
Dessin de Pierre Pernix

La fiche wikipédia de Bill Bryson nous apprend qu’il s’est spécialisé dans les récits de voyage humoristiques. L’auto-flagellation rigolarde, au nom d’une forme de renouement avec la nature et son propre corps, du narrateur et l’inconstante détermination de son compagnon alcoolique repenti suffisent à nous bidonner. Mais Promenons-nous dans les bois est aussi une occasion supplémentaire pour le bonhomme d’exceller dans la critique acerbe et réjouissante de la modernité. Tourisme et consommation de masse, interventionnisme dévastateur de l’homme dans la nature, errements dans la gestion des parcs nationaux américains passent à sa moulinette. Imaginez Michael Moore, mais en équipement de trekking.

Bill Bryson passe pour un bon vulgarisateur scientifique. Le récit de voyage s’accompagne donc d’une véritable leçon de choses, laquelle englobe une histoire cocasse mais véridique des États-Unis, mais aussi de rigoureuses (et souvent morbides) informations scientifiques et des statistiques à faire pâlir le Guinness Book. Le recensement des attaques d’ours succède aux chiffres de la marche à pied d’un américain moyen. La description de la mortelle folie qui s’empare des victimes de l’hypothermie précède l’état des lieux de la flore et de la faune du Great Smoky Mountains National Park.

Par exemple, j’ai été marqué par l’évocation du châtaigner d’Amérique (Castanea dentata), très répandu dans ces forêts avant l’arrivée des premiers colons, et qui pouvait atteindre les 30m de haut. Dans Promenons-nous dans les bois, Bill Bryson pointe la fragilité de ces mastodontes, imposants par la taille mais dont la partie vivante est en fait entièrement située dans l’aubier, ces quelques centimètres de couche superficielle du tronc.

En fait de modèle vivant pour mon dessin, ce châtaigner d’Amérique est désormais un arbre mort. Devant son tronc creux pose un hiker barbu. Au début du XXème siècle, le châtaigner a été rapidement et totalement éradiqué du continent nord-américain par un champignon, importé du Japon en même temps que des plants de pépinière.

Ruée vers la truffe

La truffe, c’est de l’or. Bien sûr, ça se cultive, mais ce n’est pas une science exacte. Depuis qu’un certain Joseph Talon a inventé la trufficulture au XIXème siècle, la France a connu plusieurs ruées vers la truffe, où l’on plantait des chênes à tour de bras, dans le Vaucluse et la Drôme, puis, plus tard, dans le Périgord, avec une réussite inégale. Aujourd’hui l’INRA propose des plants mycorhisés par l’espèce tuber melanosporum, garanti. Mais la rabasse noire a ses raisons que la recherche du rendement ignore. L’art de la truffe reste celui d’essayer d’en produire. Elle reste donc rare, et très chère.

Dessin d'une truffe tuber melanosporum - L'Age de Pierre
Dessin de Pierre Pernix

La truffe pendant les fêtes, ça fait rêver. D’abord parce que les épiciers en profitent pour remettre cette petite chose luisante, obscure et boursouflée sur le devant de leur vitrine, enrubannée d’argent, comme la friandise ultime du réveillon idéal. Ensuite, parce que la truffe se récolte généralement en hiver, et que les balades dominicales dans une forêt de chênes, entre décembre et janvier, prennent des airs de chasse au trésor.

Pour débusquer le champignon, on cave avec l’aide d’un chien ou d’un cochon bien dressé. Mon ami Jojo n’a rien d’un cochon mais, doué d’un flair supérieurement élevé, il s’est passionné pour la truffe, laquelle pousse parfois sur son domaine horticole du piémont cévenol qui est en partie une ancienne truffière. Il s’est entraîné à une autre méthode, celle des anciens, qui consiste à se munir d’une longue baguette souple… et de suivre la mouche!

Repérez le brûlé, c’est à dire cette zone généralement située au pied d’un arbre dont l’aspect désolé suggère la présence du champignon, puisque la truffe a pour particularité de tuer toute forme de végétation afin de favoriser son hôte (chêne vert, chêne blanc, parfois noisetier ou tilleul) avec lequel elle vit en symbiose. En agitant votre baguette au ras du sol, vous allez probablement faire s’envoler la mouche de la truffe, qui ne ressemble à aucune autre. Ensuite, s’armer de patience. En cette période hivernale, l’insecte pond à la verticale du champignon qui est à maturité, afin que ses larves aillent s’en nourrir. Si votre mouche est rejointe par d’autres et qu’elles convergent vers le même endroit, il n’y a plus de doute. Là, grattant quelques centimètres sous le sol, sentant la terre, vous reconnaissez enfin l’odeur musquée. Vous touchez au but!

La truffe, c’est de l’amour. Avec cette méthode douce, que vous tombiez nez à truffe avec un minuscule spécimen ou une espèce moins recherchée telle que tuber brumale, votre patience est récompensée. L’ami Jojo, après avoir mis ses pieds dans les pas de Talon, m’a ainsi peu à peu initié à l’art de la rabasse dans le fief même de la profession, sur les pentes du Mont Ventoux. Une aussi vibrante passion et un tel sens du partage, c’est beau. Ami Jojo, tu vaux de l’or.

Hybrides F1, lois de Mendel et portrait d’un botaniste

Le fascinant visage du père des lois de Mendel m’est apparu avec force à l’occasion d’un séminaire du Mouvement de l’Agriculture Biodynamique (MABD), au beau milieu de la projection d’un représentant de la firme semencière suisse Sativa, lequel abordait le sujet sensible des variétés hybrides F1 dans le maraîchage biologique.

Portrait de Gregor Mendel par PIerre Pernix - L'âge de Pierre
Dessin de Pierre Pernix

Les plantes hybrides, comment ça marche? Commençons par croiser deux variétés aux caractères distincts et à la lignée pure (par exemple, deux variétés de tomate très différentes). On obtiendra une descendance dont les individus de première génération (F1) sont tous homogènes, bénéficient d’un potentiel génétique plus grand (et donc une résistance accrue aux maladies, par exemple) et de l’effet d’hétérosis, soit une vigueur plus importante.

Hélas, l’hybridation présente des inconvénients: d’abord, les variétés hybrides ne peuvent être reproduites facilement. Contrairement au caractère homogène des individus de première génération, celui des individus de deuxième génération (F2) est variable, la résistance aux maladies et la vigueur sont perdus. Ensuite, et pour les raisons précédentes, les agriculteurs doivent chaque année racheter leurs semences.

Deux fois hélas, l’emploi de ce type de semence s’est généralisé depuis les années 50, à tel point qu’il n’existe aujourd’hui plus d’alternative acceptable aux hybrides F1 pour certains légumes. De nombreux acteurs de l’agriculture biologique appellent de leurs vœux une approche différente, et se tournent vers la culture de variétés « population » obtenues par l’antédiluvienne méthode de la sélection. Des semences qui présentent une qualité équivalente, voire supérieure, aux variétés F1.

Le portrait, enfin: à l’origine de la compréhension des mécanismes génétiques fondamentaux à l’œuvre dans l’hybridation, il y a Gregor Mendel, un moine et botaniste tchèque du XIXème siècle. Ses observations sur l’hérédité des petits pois comestibles donneront les lois du même nom… et son physique impressionnera fortement la plaque sensible de l’appareil photographique: une grosse tête compacte, une bouche fine mais volontaire au dessus d’un menton puissant, et des petits yeux étrangement doux et déterminés à la fois. Je ne pouvais m’empêcher de reproduire au crayon un tel visage, celui d’un homme utile.

La cabane à courges de Michel

Michel le maraîcher a construit une bien étrange cabane. Une nouveauté dans le paysage Seine-et-Marnais. Une nouveauté éphémère, cependant, qui se moque des permis de construire, et pour cause: à partir d’un unique conteneur maritime, une grande boîte en ferraille de 20 pieds dénichée sur Le Bon coin et posée dans un recoin de la ferme, le bonhomme a réalisé une chambre de stockage pour légumes. En l’occurrence, des courges.

Stockage conservation légumes conteneur isolation paille - L'Age de Pierre

La récolte annuelle de ces cucurbitacées est conséquente et se vend au compte-goutte: courge spaghetti, musquée de Provence, sucrine du Berry, butternut, pleine de Naples, longue de Nice, patidou, potimarron… doivent pouvoir se conserver jusqu’au printemps.

Première difficulté: les courges, légumes joufflus, sont aussi de délicats petits êtres qui craignent les chocs. Pas question, donc, de les empiler façon patates dans un palox de 600kg. Chez Michel, le stockage des courges se fait sur des étagères, en rang d’oignons, pour réduire au minimum la pression sur leur enveloppe. On essaie de les espacer: si l’une d’elle venait à pourrir, la transmission de ses miasmes en serait limitée.

Surtout, en plus de réclamer de la place, les courges ont besoin de chaleur et d’une bonne aération. Quand la conservation des légumes se fait souvent dans un froid relativement humide, on préférera ici un climat chaud et sec.

L’idée de Michel est diablement simple, et je ne pouvais pas manquer d’en réaliser un écorché. L’isolation du conteneur est assurée par une paroi de ballots de paille, à son tour recouverte d’une bâche plastique pour l’étanchéité.
L’air est renouvelé depuis le sas d’entrée par un extracteur d’air (VMC, pour Ventilation Électrique Contrôlée) et la pièce de stockage, avec ses rayonnages pour recevoir la récolte, est chauffée par convecteur électrique.

Je l’ai dit plus haut: une telle installation ne nécessite aucun permis de construire, puisque l’ensemble peut être démonté en un tour de main (ou presque). Mais qui s’en soucie? La cabane de Michel a encore de beaux courants d’air devant elle.

Houblon cascade, une espèce de cône

Houblon Cascade biologique - L'Age de Pierre
Photo de Pierre Pernix

Ce pied de houblon cascade est issu d’une bouture plantée l’an dernier dans un jardin de Montreuil (Seine Saint Denis). Je l’ai déraciné en mars dernier et transporté ici, en Seine et Marne, en me frottant d’avance les mains à l’idée de faire entrer sa récolte dans la composition de la bière que je brasse à l’occasion.

À propos du houblon: cette plante est principalement utilisée dans la fabrication de la bière. Les «cônes» du houblon, qu’on appelle volontiers mais improprement fleurs, donnent l’amertume à la bière au cours de la phase d’ébullition. On achète généralement le houblon sous forme de cônes séchés ou de pellets (une version hachée et compressée des cônes séchés, plus concentrée). Il est impossible, à ma connaissance, de se procurer des cônes frais, juste récoltés, pour d’évidentes raisons de conservation.

Or, le houblon présente un autre intérêt: à condition de lui éviter une ébullition prolongée qui détruirait ses essences aromatiques, on peut exploiter la plante pour enrichir la bière en notes florales, fruitées, épicées ou parfois terreuses. La méthode dite de houblonnage à cru consistant même à faire macérer les cônes dans le breuvage déjà fermenté et parfaitement refroidi.

Sophistication supplémentaire, donc, et re-frottage de mains: un houblonnage à cru avec des cônes de houblon encore frais serait enfin à portée de chopine, car cette année, à l’issue d’un repiquage propre, d’un travail de la terre honnête, d’un paillage raisonnable et d’un apport de compost bien mûr au milieu de l’été,  voilà que de nombreux cônes font leur apparition et s’épanouissent comme s’ils étaient sur la côte Ouest des États-Unis, d’où la variété cascade est originaire. Profil aromatique (comme on dit): agrumes, résine.

À suivre à l’issue de la récolte.